Voici le poème qui donne son titre au recueil.
Le miroir où je me vois
Est fendu.
Je me fixe et m'aperçois
Pourfendu.
La photo est déchirée
Et froissée.
Fin du printemps, peut-être l'été
Ou Léthé;
Sur la photo déchirée, des visages
Défigurés.
Je l'ai rescotchée mais
Décalée.
Comme l'esprit a forci, la plume
A faibli.
Serait-ce amertume
Ou mépris?
Un éclair a séparé
Mes moitiés.
Vont-elles se rassembler
Ou jamais?
La page tourne ou bien
Est déchirée,
Mais jamais ne se tourne
Ou ne se déchire.
Une autre page, vite!
Pour écrire
Des lignes de fil
Bleues ou noires.
Je suis là, j'existe!
Entendez!
Je sors et me couche
Désordonnée.
Dois-je m'ordonner?
Suis-je aboutie?
Je ne suis pas encore moi,
Imparfaite.
Le nerf, la plume, le monde
M'ont transformée.
Je suis jolie
Mais mutilée.
Trop d'épreuves pour lui et moi
A surmonter.
Pour que je sois parfaite il faut
Lever la tête,
Tituber, errer dans un monde
A la rencontre de deux,
Ou trois,
Ou plus.
Mais toujours des lignes,
Partout,
Des lignes nettes
Ou irrégulières.
Les lignes brisent,
Séparent,
Mettent en emphase
Ou forment
Des morceaux de moi,
Pour vous,
D'elles à vous
En passant par moi.